Alain YVER

Alain YVER

WILLIAM S. BURROUGHS

BURROUGHS






http://www.scoop.it/t/la-beat-generation

UN PAGE
http://membres.lycos.fr/jkerouac/burrou1.htm

Beat-Generation
http://aubry.free.fr/burrou1.htm

TRÈS BONNE PAGE
http://ascome01.chez-alice.fr/ecrivain_burroughs.htm

En 1994, William S. Burroughs participa à un spot publicitaire pour Nike. La vidéo vient d'être mise en ligne.
http://theo.underwires.net/William-S-Burroughs-et-Nike

FILMOGRAPHIE
http://theo.underwires.net/-Filmographie-




Biographie de William Burroughs

http://www.evene.fr/celebre/biographie/william-burroughs-4464.php

Petit-fils de l'inventeur de la machine à calculer, William Burroughs se passionne pour les armes à feu. En 1936, il obtient son diplôme en littérature et en anthropologie de Harvard et, avec la pension de deux cents dollars par mois que ses parents lui allouent, il part à New York. Dans sa quête d'identité, il décide de rejoindre le monde des outlaws et de la pègre, devenant héroïnomane. A Columbia University, il rencontre Allen Ginsberg et Jack Kerouac, avec qui il formera le noyau de la Beat Generation. En 1947, il s'installe avec Joan Vollmer - membre du groupe avec qui il aura un fils, William S Burroughs Jr. - elle aussi droguée. Ils déménagent à Mexico City où William Burroughs la tue accidentellement, en jouant à Guillaume Tell. Echappant à la justice, il part en Amérique latine à la recherche d'une drogue nommée Yage, dont il parlera dans 'The Yage Letters' (1955). En 1953, il publie 'Junky' et s'installe à Tangiers. En 1959, il publie son célèbre roman, 'The Naked Lunch', dans lequel l'addiction est considérée comme une métaphore de la condition humaine s'étendant aussi bien à la religion, la politique, la famille et l'amour qu'à la drogue. Formellement parlant, Burroughs innove en explorant un style non-linéaire mélangeant plusieurs morceaux satiriques qu'il utilisera aussi dans 'The Soft Machine' et 'Nova Express'. A son retour aux Etats-Unis 'The Naked Lunch' fait l'objet d'un procès pour obscénité. En 1983, William Burroughs est élu membre de l'American Academy of Arts and Letters.







Il était le dernier géant de la beat generation
Une vie à fond de train

1914. Naissance, le 5 février, à Saint Louis.


1926-1936. Etudes secondaires puis artistiques à Harvard.

1938. Chicago. Barman, détective privé, exterminateur de cafards...

1944. New York. Rencontre de Jack Kerouac et Allen Ginsberg.

1946. Ennuis avec la police: Burroughs part auTexas avec sa femme, Joan Vollmer.

1947. Naissance de son fils, William Burroughs III.

1948. Algiers, près de La Nouvelle-Orléans. Arrestation pour drogue.

1949. Mexico. Burroughs se met à écrire.

1952. Un soir d'ivresse, il tue Joan en voulant jouer à Guillaume Tell. Panama, Colombie, Equateur, Pérou.

1953. Parution de «Junkie», sous le pseudonyme de William Lee et en version expurgée, chez Ace Books.

1954. Tanger. Il s'installe dans un bordel pour garçons et plonge dans la drogue.

1955. Londres. Cure de désintoxication.

1957. Paris. Il écrit «le Festin nu», publié en 1959 par Maurice Girodias chez Olympia Press.

1960. Burroughs s'installe à Londres.

1961. Il rencontre Timothy Leary, «le pape du LSD». Parution de «The Soft Machine» («la Machine molle»), chez Olympia Press.

1962. «Le ticket qui explosa», Olympia Press.

1964. «Nova Express», chez Grove.

1967. Tanger. Il finit «les Garçons sauvages».

1970-1974. Londres. Une vie «relativement calme et sans événements».

1974. New York. David Bowie, Patti Smith, Iggy Pop, les Rolling Stones, Zappa le courtisent.1975. Au 222, Bowery, il vit dans le «Bunker», un local sans fenêtres, avec des armes et une cible.

1980. Burroughs se remet à l'héroïne et écrit « les Cités de la nuit écarlate».

1981. Médaillé des Arts et Lettres par Jack Lang. Il donne une lecture au Palace.

1983. Admis à l'American Academy and Institute of Arts and Letters.

1986. Mort de son ami Brion Gysin. Gravedépression.

1988-1989. Sur proposition de Bob Wilson, il écrit le livret et les textes de «The Black Rider», musique de Tom Waits. Il joue dans «Home of the Brave», de Laurie Anderson, et «Drugstore Cowboy», de Gus Van Sant.

1990. David Cronenberg tourne «le Festin nu».

1997. Mort d'une crise cardiaque le 2 août à Lawrence, Texas. A 83 ans.

[Les livres de William Burroughs sont traduits en français aux Editions Christian Bourgois.]

                                                                                             Le Nouvel Observateur







Aux paradis artificiels

HOMMAGE A WILLIAM S. BURROUGHS


Son Amérique était celle des excès, celle du libre arbitre. Sa littérature, celle des expériences. Il y a dix ans, le 2 août 1997, William Seward Burroughs laissait les Arts orphelins. De sa longue carrière subsiste une oeuvre vaste et atypique qui porte les stigmates d'un siècle de tourmente.


Sa démarche artistique anti-conformiste, sa vie en marge de la société et ses oeuvres dérangeantes font de William Burroughs un écrivain à part, souvent méconnu. Si aujourd'hui l'on s'accorde communément à rendre hommage à son incroyable talent, sa carrière est à ses débuts ponctuée de heurts et de rejets populaires. Certains de ses textes ne passeront la censure américaine qu'au terme de longues années, et ses frasques personnelles le retiendront longtemps hors de son Amérique natale dont pourtant, malgré l'irrévérence et le réalisme sordide, il n'aura de cesse de dresser le portrait.
Bien qu'il soit l'ami intime de Jack Kerouac ou de Allen Ginsberg - dont il sera l'amant -, Burroughs reste relativement éloigné des idéaux et du mysticisme de la Beat generation. Il forme cependant, avec ses deux complices, le triangle central de ce courant littéraire majeur, symbolisé par le 'Sur la route' de Kerouac et 'Howl' de Ginsberg. Mais pour Burroughs, l'approche transcendantale de l'expérience ne relève pas d'une étude suffisamment objective de la réalité. Là où ses camarades s'inspirent de la philosophie orientaliste, il oppose un factualisme consciencieux, même au plus fort des fulgurances psychotiques.


De l'étude de l'addiction

Dans le milieu des années 1940, alors qu'il cohabite avec Jack Kerouac dans l'appartement de sa future épouse Joan Vollmer, Burroughs s'essaie pour la première fois à ce qui deviendra son pire ennemi et le moteur de son oeuvre : l'héroïne. Aussi indissociable de son travail d'artiste que sa formation à la psychanalyse et l'étude de la littérature, l'addiction de Burroughs joue un rôle majeur dans sa vie.
De son apprentissage et de son goût pour les drogues en tout genre - les opiacés surtout - Burroughs nourrit sa prose. Dès son premier roman publié en 1953, l'ostensiblement nommé 'Junky', il peint l'enfer de la dépendance et les implications quotidiennes d'une vie de drogué. Avec le sens du détail de l'"observateur observé", Burroughs s'auto-analyse, dresse le tableau de ce qu'il appelle l'"algèbre du besoin", l'éventail des symptômes de l'addiction.
'Queer', ne sera publié que des années après sa rédaction en 1952. Burroughs y aborde (tout aussi clairement qu'avec 'Junky') ses expériences homosexuelles qui elles aussi l'excluent des standards sociaux américains. Là encore, le souci du vrai le pousse à aborder la réalité au plus près de son histoire personnelle, repoussant les limites de la fiction.


De l'aventure du 'Festin nu'

En 1951, mu par le pouvoir désinhibant des substances qu'il consomme, Burroughs veut réitérer les célèbres exploits de Guillaume Tell et tue accidentellement sa femme d'une balle dans la tête. Inculpé pour homicide, il fuit en Amérique du Sud à la recherche d'une substance hallucinogène, le yage puis part pour Tanger, au Maroc. Burroughs s'enfonce dans l'enfer de la drogue. Pour tenter de vaincre l'emprise des stupéfiants, il enchaîne, avec peu de succès, les cures de désintoxication et se réfugie dans l'écriture. Le travail est laborieux, entrecoupé de crises de manque ou de délires psychotiques. Il est rejoint par ses amis de plume. Kerouac lui souffle le titre du manuscrit décousu qu'ils découvrent : 'Le Festin nu' et, aidé de Ginsberg, s'attelle à recopier les passages descriptibles du texte et à en ordonner les chapitres. Mais l'éditeur Maurice Girodias, d'Olympia Press à Paris, refuse le texte qu'il trouve trop "fouillis". Venu s'installer au Beat Hotel à Paris, en meilleure santé, Burroughs remanie largement son manuscrit, revoit le chapitrage et la chronologie. Girodias accepte finalement de le publier en 1959.
Aux Etats-Unis, le texte est jugé obscène. Partant d'une description de la dépendance aux drogues pour investir le champ de réaction interne, Burroughs y décrit le voyage halluciné d'un homme à Interzone, territoire inconnu aux ramifications quasi-neuronales. Pour certains 'Le Festin nu' n'est que le délire exalté d'un drogué notoire, pour d'autres il est le voyage extraordinaire d'un artiste aux frontières de la raison... "Héroïne-opium-morphine-palfium : tout ça pour te délivrer du singe, le singe monstrueux du besoin qui te ronge la nuque et te grignote toute forme humaine... Mais le résultat est invariable... C'est le singe qui connaît l'algèbre..." Le livre est adapté au cinéma par David Cronenberg en 1991 sur un scénario co-écrit avec l'auteur.


De la science en fiction

Difficile de classer l'oeuvre de William Burroughs tant elle emprunte à la fois à l'expérience réelle et aux déformations imposées par la soumission aux drogues. Pour la trilogie qu'il publie au début des années 60, l'écrivain invente un univers mythologique marqué par d'incessantes guerres dont les protagonistes se confondent, hésitant entre agresseurs et victimes. Dans 'La Machine molle' (1960), 'Le Ticket qui explosa' (1961) et 'Nova Express' (1962), les figures sont en perpétuelle transformation, et les frontières du réel s'avèrent perméables. Souvent classée au rayon science-fiction, son oeuvre en a pourtant plus la forme que le fond, et tient plus d'un réalisme magique que d'une véritable anticipation.
Installé à Londres où les cures d'anamorphine ont raison de sa dépendance, Burroughs entre dans une nouvelle phase créative. Il publie tour à tour 'Les Garçons sauvages : un livre des morts', 'Exterminateur !' et 'Havre des Saints', ses "Romans londoniens". Apaisé, assagi, il regagne les Etats-Unis où son statut d'écrivain non-conformisme fait de lui l'icône de toute une génération d'artistes américains. L'homme de lettres se doit d'être immortalisé en images. De David Cronenberg à Gus Van Sant en passant par U2, dans les années 80 et 90, nombreux sont ceux qui collaborent avec le vieil homme, accompagné de son fusil et de ses chats.


De la dislocation des standards littéraires

De l'étude de la médecine à Vienne dans les années 30, Burroughs acquiert l'intérêt pour la chimie du cerveau. De ses études à Harvard, il conserve l'amour des lettres. Autant de pistes qui éclairent la voie littéraire qu'emprunta cet immense artiste. Combinaison de ses passions et de sa dépendance létale, le travail de Burroughs trouve sa profonde originalité dans une réappropriation des standards littéraires autant que dans une composition renouvelable et transformable. L'amoureux de Kafka et de Dostoïevski élargi le champ des possibles à coups d'innovations stylistiques. Burroughs élabore ainsi des techniques narratives tels le cut-up (découpage et recréation d'un texte à partir d'éléments décousus, parfois empruntés à d'autres auteurs) ou le fold-in (pliage) qui reflètent l'intangibilité et la mutabilité du monde. Quant au fond, et ce malgré l'influence de la drogue, il prône le factualisme ou philosophie de l'ordinaire. Pour l'héritier du béhaviorisme - étude de la psychologie humaine en fonction du comportement -, le souci de la vérité et de l'objectivité laisse peu de place à la rhétorique. Au fond Burroughs crée ses propres codes littéraires, ses propres outils pour composer un monde tangible, mobile, où la réalité si précieuse n'a de sens que si elle est plurielle et fluctuante.

Ardent défenseur du libre arbitre, héros désoeuvré d'une oeuvre habitée, souvent considérée comme glauque et pessimiste, William S. Burroughs a rejoint, comme ses complices Kerouac et Ginsberg, le panthéon des lettres américaines. Ses textes restent des hymnes à la liberté et au refus de toutes les coercitions. De sa dépendance, il a fait un outil de tolérance et d'ouverture aux mutations sociales. Son écriture porte à jamais une atemporelle modernité et ses romans conservent l'angoissante vision d'un monde précipité vers sa chute.


Thomas Flamerion pour Evene.fr - Août 2007











19 janvier 2007

Rentrée littéraire 2007 : William Burroughs, dix ans après

Comme chaque saison, la rentrée littéraire a engendré une frénésie autour de nouveautés, certaines ne méritant pas l'attention démesurée qu'on leur porte. Et ce déchaînement a certainement éclipsé l'un principaux événements éditoriaux de ce début 2007.  Pour commémorer les dix ans de la mort de William Burroughs, l'éditeur Christian Bourgois a convoqué ses collections grand format et poche pour éditer ou rééditer quatre textes majeurs de cette légende littéraire. Au centre de cet important travail d'éditeur, une énorme correspondance inédite, qui nous plonge dans le quotidien intime de l'auteur du Festin nu.

 Reprennent la correspondance de Burroughs entre 1946 et 1959, Lettres permet de découvrir le processus avec lequel l'auteur se plonge dans la fiction, alors qu'il publie sa première fiction, en 1950. Mais l'ouvrage se centralise plus sur les dizaines de courriers que Burroughs échange avec son ami, le poète Allen Ginsberg. Une relation aussi passionnée (« Ton absence me cause, parfois, une vive douleur ») qu'elle déclenche de douloureux déchirements (« J'ai parfois l'impression que tu m'as confondu avec quelqu'un d'autre qui n'habite plus ici »). Echangeant également de nombreuses lettres avec Jack Kerouac, le livre permet de suivre de l'intérieur le déroulement de l'expédition qui engendra l'un des plus grands romans américains du siècle, Sur la route. Mais Lettres, c'est aussi les tourments de la vie privée de Burroughs, la toxicomanie qui le ronge, et le meurtre accidentel de sa femme, son exil en Amérique du Sud, puis à Tanger. Des correspondances assez courtes, dans lesquelles se mêlent humour, haine des Etats-Unis et une vive critique sur la société et la scène littéraire de l'époque. A découvrir, indiscutablement.

Cet ouvrage ne saurait toutefois ne pas être complété par la lecture de deux rééditions qui paraissent dans la collection de poche "Titres". En premier lieu, Mon éducation, autobiographie écrite par Burroughs lui-même en 1994, trois avant sa mort. Dans ce texte magnifique, qui mélange rêves et réalité, l'auteur revient sur toutes les étapes de sa vie, ses relations avec les auteurs qu'il a côtoyé (Ginsberg et Kerouac bien sûr, mais aussi Jean Genet). Sans oublier son retour à New York, en 1975, où il devient « une star de la scène new-yorkaise ».
Comme son titre l'indique, Ultimes paroles recense les derniers écrits de William Burroughs. Atteint à la fin par l'arthrite, l'auteur ne peut plus taper à la machine. Ses proches lui fournissent alors des livres blancs. Du 14 novembre 1996, au 30 juillet 1997, deux jours avant sa mort, Burroughs en noircira huit, que l'auteur avait annoté pour une future publication (qui interviendra un an plus tard). Le livre commence et se termine par deux textes dans lequel Burroughs parle de son amour pour ses chats, ses derniers morts affirmant que l'amour qu'il leur portait est « l'analgésique le naturel pur qui soit ».
Enfin, les cinéphiles apprécieront, toujours dans la collection Titres, la réédition du scénario du film-culte Le festin nu, que David Cronenberg adapte en 1991 depuis le livre éponyme. Une occasion de découvrir sous un autre angle une œuvre cinématographique majeure, qui contribua énormément à faire connaître Burroughs auprès d'un plus large public.

Lettres de William Burroughs, Ed. C Bourgois, 650 pages, 30 €
Ultimes paroles, id, 352 pages, 8 €
Mon éducation, id., 256 pages, 7 €
Le scénario du Festin nu, de David Cronenberg et William Burroughs, 144 pages, 6 €







SEX, COKE AND HEROIN

Auteur culte, libertaire, associé à la Beat Generation, expérimentateur, brouilleur de piste, homo, drogué et copié, BURROUGHS est aujourd'hui une référence de la littérature trash.


(JPG)BURROUGHS est un fils de bonne famille de la bourgeoisie américaine. Il mène d'ailleurs une adolescence sans histoire et obtient sagement son diplôme de Lettres, à l'Université d'Harvard en 1936.

Après des études médicales inachevées à Vienne en Autriche, il s'installe à New-York. C'est la guerre, la deuxième, la mondiale, et BURROUGHS survit en s'essayant à tous les métiers : détective privé, dératiseur, employé d'une agence de publicité. Il essaie même d'incorporer l'US Navy, en 1942, mais est rejeté.

Fréquentant alors les lieux underground new-yorkais, ceux où la petite pègre croise les artistes méconnus, il tourne le dos à son existence de sage jeune américain et fait des rencontres.

Celle de la drogue d 'abord. La morphine, puis l'opium [et plus tard, l'héroïne et la cocaïne]. Celle de nouveaux amis ensuite : le poète [gay] Allen GINSBERG lui présente l'écrivain Jack KEROUAC en 1944. Ils resteront intimement liés, créant ensemble un mouvement artistique basé sur le refus de l'American Way of Life des sixties, la fameuse BEAT GENERATION, contre-culture qui influencera le mouvement hippies des sixties et jusqu'aux punks des années 70.

BURROUGHS refuse en bloc l'idéologie dominante du moment. Libertaire, il place l'individu au-dessus des valeurs alors [et toujours] vénérées de nation, de famille et d'argent. Il refuse le capitalisme comme le communisme. Il dévore des romans de science-fiction et s'essaie à toutes les drogues.

Assassin par accident

Un premier mariage finit par un divorce. En deuxième noces il épouse Joan Vollmer ADAMS en 1946. L'année suivante naît son seul fils, William, [qui deviendra junkie et mourra en 1981].

Premier contact avec la morphine en 1946, puis avec l'héroïne. Il mène dès lors une vie de camé pendant 15 ans, voyageant beaucoup, du Texas à la Nouvelle-Orléans, en passant par Mexico, l'Afrique du Sud, Paris et Londres.

En 1953, un soir de beuverie à Mexico, [où il a émigré pour fuir ses ennuis avec la police new-yorkaise] tel Guillaume TELL, il vise le verre que sa femme tient sur la tête, le rate et abat accidentellement Joan d'une balle en pleine nuque.

Poursuivit pour homicide involontaire, il s'enfuit alors du pays. [Plus tard, BURROUGHS reconnaîtra son homosexualité, affirmant que Joan a été la seule femme avec laquelle il avait eu une réelle relation affective.]

Cet incident stupide sera son déclic : BURROUGHS commence à écrire. Son "Junky", sur ses déboires de toxico, est le premier d'une œuvre scandaleuse par ses thèmes [homosexualité, mort, drogue] et par sa forme brute est sans concession.

France, terre d'accueil...

En 1958, il débarque à Paris. Avec l'aide de Jack KERROUAC et d'Allen GINSBERG, BURROUGHS ordonne "Le Festin Nu" et le tape à la machine. D'après la légende, le manuscrit était un brouillon de notes éparpillées qui avaient rebuté tous les éditeurs américains, d'autant que son contenu est, pour l'époque, d'une rare obscénité.

L'éditeur français Olympia Press l'imprime en 1959. C'est donc là, en France, que paraît, ce qui sera son plus gros succès : "Le Festin nu". 

Après un débat houleux sur sa violence et sa soi-disant pornographie, "Naked Lunch" paraît aux Etats-Unis en 1962, mais il fera l'objet de longues luttes devant la justice et sera même condamné en 1965.

Ses romans suivants seront tout aussi provocateurs - sur la forme et sur le fond - comme notamment "La Machine Molle" [1961] ou "Le Ticket qui explosa" [1962]. Plus tard, l'écriture s'apaisera et deviendra franchement accessible avec "Les Garçons sauvages" [1971] ou le "Havre des Saints" [1973].

L'insoumis médaillé

A la même époque, l'odeur de souffre fait de BURROUGHS un auteur furieusement tendance et il est de bon goût dans les années 75 et suivantes d'apprécier « Le Festin Nu ». L'establishement français dispute l'auteur à l'intelligentsia new-yorkaise : lecture au Centre Pompidou en 1977 et médaille de l'ordre des Arts & Lettres en 1984 [version Jack LANG].

Installé au Kansas, à Lawrence, BURROUGHS commence à peindre et écrit une dernière trilogie : "Cités de la nuit écarlate" [1981], "Parage des voies mortes" [1987] et "Les Terres occidentales" [1987].

BURROUGHS, et c'est moins connu, est aussi un acteur : on l'a vu dans "Drugstore Cowboy" [1989], film de Gus VAN SANT, au côté de Matt DILLON, dans le rôle d'un vieil homme vêtu de noir habitant seul un appartement sans fenêtre [presque autobiographique comme rôle !]

Il fera également une apparition dans le film "Twister " en 1996. Il est cité comme une référence par des artistes rock comme David BOWIE, Lou REED et Patti SMITH. Il a collaboré avec Kurt COBAIN [le défunt leader de Nirvana], et la musicienne expérimentale Laurie ANDERSON. On l'aperçoit même dans un vidéo clip de U2.

William BURROUGHS est mort en 1997 à l'opposé de la façon dont il avait vécu : calmement, dans le silence, à l'hôpital de Lawrence, après un dernier ouvrage autobiographique.


(JPG)


- "Le Festin Nu" ["Naked Lunch", 1962]

(JPG)Une bonne partie du texte aborde la dépendance de l'auteur vis à vis des drogues dures ce qui a choqué les esprits : nous sommes au tout début des années 60. [Pour sa défense, jamais BURROUGHS ne se fait l'apôtre de la drogue, mais il est vrai qu'il en décrit les bons côtés comme les mauvais.]

Expérimental dans la forme, le roman met de plus en application la technique du collage [The Cutup technique, créée par son ami, le peintre Bryon GYSIN], qui n'aide pas à sa lecture...

Violent, glauque, poétique parfois, mais d'une poésie sombre, rude, déconcertante... "Le Festin Nu" est sans doute l'un des plus grands textes sur la drogue et ses ravages. Indescriptible...

"Le Festin nu" a été adapté au cinéma par David CRONENBERG en 1992. Evitant le piège de la mise en image bête et méchante [de toutes façon quasi impossible dans ce cas], le réalisateur a réussi a capter l'essence des passages les plus marquants de l'œuvre, mêlée à des récits biographiques de l'auteur [sa vie à Tanger, la mort de Joan, la dépendance à la drogue].

- "Nova Express" ["Nova Express", 1964]

- "La Machine Molle" ["The Soft Machine", 1966]

- "Le Ticket qui explosa" ["The Ticket that Exploded", 1967]

- "Les garçons sauvages" ["The Wild Boys, a Book of Dead", 1969]










William Burroughs : La Métamorphose

Posté par Maxence le 18.04.07 à 10:24

Passionnante lecture que ces Lettres de William S. Burroughs publiées chez Christian Bourgois. Le lecteur un tant soit peu au fait de l'œuvre de cet écrivain extra-ordinaire (noter le tiret) y trouvera une foule d'explications, d'anecdotes et de faits marquants éclairant l'existence et l'œuvre d'un homme pour qui la vie était une fiction. Une fiction que seul un personnage comme Burroughs aurait pu vivre d'ailleurs. Au contraire de beaucoup de recueil de correspondances, la lecture de ses Lettres doit obligatoirement se faire dans l'ordre chronologique. Y apparait dans les premiers temps (les années 50) un individu plutôt anodin, même si doté de convictions et d'idées déjà hors-normes pour son époque.

C'est un fait établi, Burroughs fait ses premiers pas dans l'écriture par désoeuvrement, suite à l'éloignement d'un petit ami. C'est la genèse de Junky, puis de Queer. Il devient progressivement évident à travers ses lettres que Burroughs est happé par l'écriture et que c'est sa vie même, ses évènements, qui le conduiront à se voir comme un véritable écrivain. Du récit impersonnel et pourtant autobiographique de Junky, aux sketchs et "numéros" (ainsi que l'auteur qualifiait les fables déjantées à l'humour outrancier destinées à ses deux fidèles lecteurs, Jack Kerouac et Allen Ginsberg), le style devient de plus en plus halluciné et délirant. Les visions et les rêves prennent une place prédominante. Burroughs s'éloigne subtilement de la narration conventionnelle, annonçant le mythique et cathartique Festin Nu. La mort accidentelle de Joan Vollmer-Burroughs sa compagne, lors d'une soirée bien arrosée au cours duquel, armé d'un revolver il joue a Guillaume Tell et la tue, est évidemment l'un des facteurs déclenchant de son engagement dans l'écriture. Le lecteur constate ainsi l'impact de ce drame sur le style d'un écrivain qui est également (et c'est assez rare pour être noté) le principal protagoniste de ses histoires.

A travers ses lettres enfin, le lecteur suit les pérégrinations de Burroughs dans le monde entier. C'est à partir des années 50 en effet (1952 après un passage à Mexico en 1949, pour être exact), que l'écrivain quitte les Etats-Unis, qu'il ne supporte plus, pour le Mexique. Il parcourt ensuite l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de Yage (ou Yagé) puis se rend en Afrique du Nord et fini par s'installer à Tanger, au Maroc. On y lit ses déboires sentimentaux, son éternel conviction de décrocher un jour de se dépendance à l'héroïne et ses dérivés. L'importante place de la psychanalyse qui lui fera prendre conscience de sa sexualité (ou au contraire de son manque de goût pour celle-ci après des années d'orgie homosexuelle), sa brouille avec Kerouac, son amour indéfectible pour Allen Ginsberg et enfin son lent éloignement du mouvement et des ses idées. A Tanger, Burroughs rencontre Paul Bowles mais surtout Brion Gysin avec qui il est immédiatement en froid. Pourtant, durant son passage à Paris, c'est avec cet artiste suisse qu'il participera à la diffusion du concept phare qu'est le cut-up. En 1959, la boucle est bouclée, après toutes les années durant lesquelles Burroughs fait figure d'entité paternelle pour les principaux acteur de la beat generation, il tourne la page et entame une nouvelle étape de sa carrière, celle de la trilogie Nova, puis des romans Londonien (Les Garçons Sauvages, Exterminateur ! et Havre des Saints. La suite fait parti de l'histoire mais ce n'est plus celle de William S. Burroughs, c'est désormais celle de la littérature.

Lettres de William S. Burroughs (Christian Bourgois)







02/03/2008
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