Alain YVER

Alain YVER

YUTAKA TAKANASHI

YUTAKA TAKANASHI






//fotonoma.jp/photographer/2004_07takanashi/index.html

//www.lemonde.fr/culture/portfolio/2012/06/05/photographie-zoom-sur-la-melancolie-urbaine-de-yutaka-takanashi_1710657_3246.html

//www.only-photography.com/pages/publishing_published_1.html#shomeitomatsu2012

http://le-polyedre.com/2012/07/02/yutaka-takanashi-expo-hcb/

//www.le-bal.fr/fr/mh/tokyo-e/





Biographie

Yutaka Takanashi est né le 6 février 1935 à Shirogane-chō, Ushigome, aujourd'hui Shinjuku. En 1943, sa famille est évacuée à Saitama. En 1953, il termine ses études à la Tokyo Metropolitan Aoyama High School et rentre au département Photographie de l'Université. Il reçoit alors son premier appareil photo, un Canon IVSb.
Il remporte dès 1956 un premier prix décerné par le magasine Sankei Camera. Il obtient son diplôme universitaire en 1957, mais il cherche en vain à intégrer comme photagraphe des organes de presse. Il travaille dans le laboratoire du photographe Osamu Yagi ( 八木治 ). De 1959 à 1961, il complète sa formation en étudiant le design à la Kuwasawa Design School
En mai 1960, il réalise sa première exposition solo "Somethin' Else", à la galerie Ginza Garō, constituée de vue de Tokyo en noir et blanc. En 1961, il rejoint le Nippon Design Center pour lequel il réalise des photographies sur commande; il se marie avec Reiko Mizoguchi.
Yutaka Takanashi est co-fondateur du légendaire magazine PROVOKE en 1968. Revue trimestrielle, Provoke veut apporter un matériau artistique capable de guider la pensée. Selon les fondateurs, les mots avaient perdu leur sens et la force de décrire la réalité. Ce rôle revenait donc aux photographes qui devaient prendre le relais sur le langage. Les images devaient avoir la priorité et même remplacer le langage. Les théories artistiques du groupe Provoke ont permis à une nouvelle génération de photographes de rompre avec les conventions.
Il publie en 1974 Toshi-e (« Vers la ville ») un des livres phares de ce mouvement de redéfinition du langage photographique au profit d'une expression plus brute et instinctive du réel. Son travail est alors en noir et blanc, flou, surexposé, expressionniste.
Initiée un an après la publication de Toshi-e, la série Machi (Ville) rompt radicalement avec le style flou, contrasté et expressionniste des années Provoke. Yutaka Takanashi se concentre désormais sur l'un des quartiers les plus anciens de Tokyo, Shitamachi, où le monde traditionnel est peu à peu envahi par les signes de la modernité.
Pour témoigner de cette disparition programmée, il réalise des portraits d'intérieurs et d'extérieurs, vides de toute présence humaine, en couleur, à la chambre 4x5 pouces, (souvent avec un temps de pose de 20 minutes). Au milieu des produits ancestraux et des épices des boutiques apparaissent les boîtes de Kleenex et les bouteilles de Coca. Dans une vieille baraque en bois est installé un photomaton.
En 1970 Takanashi quitte le Japan Design Center.
La série qui apparaitra partiellement dans le magazine Asahi Camera à partir de 1975, fera l'objet d'un livre « Machi » publié en 1977 par The Asahi Shinbun.
Il enseigne à la Tokyo Zokei University de 1980 à 2000
Depuis 1992, Takanashi, Genpei Akasegawa et Yûtokutaishi Akiyama travaille au sein du groupe Raika Dōmei.
En 1993, sa carrière obtient sa consécration en obtenant le Prix Higashikawa, plus haute récompense japonaise pour un photographe.
Photographier pour Yutaka Takanashi est le moyen de « marquer la fin, de conclure » : « Face à un paysage, le photographe se tient totalement libre : libre de s'y confronter, de s'y absorber, de le détruire, de le reconstruire et puis de le révéler ».

//fr.nezumi.wikia.com/wiki/Yutaka_Takanashi






Tokyo-Paris, dans les pas de Takanashi et d'Atget
Publication: 26/05/2012

Yutaka Takanashi est un drôle de petit bonhomme qui pose sur Tokyo un regard amusé, derrière ses lunettes rondes comme des hublots. Son monde semble en effet se limiter au périmètre mouvant de cette ville qui s'étend comme une flaque d'eau, sans être tentaculaire pour autant. On présente souvent la capitale japonaise comme une mégalopole inhumaine de 38 millions d'habitants, mais l'agglomération nippone est en réalité une succession de villages et de quartiers. Cette atmosphère, à la fois grouillante et pépère, transpire dans ses photos exposées à la Fondation Cartier-Bresson.

On peut diviser le travail de Takanashi en deux parties bien distinctes, à la manière d'un poisson dont on lève les filets autour de l'arête centrale. Au mitan des années 60, ses images sont en noir et blanc, parfois floues, et prises au Leica. Il semble saisir au vol des scènes de la vie quotidienne, en privilégiant les gares qui offrent un défilé permanent de personnages, de Shibuya à Shinjuku. Son œil de "ramasseur d'ordures", dit-il, attrape des images en voiture, d'où des horizons chahutés, montants ou descendants.
"J'ai sans doute été influencé par Robert Frank, dont je connaissais le livre Les Américains, j'adore ses photos, mais je n'avais aucune intention de faire du flou", admet Takanashi. Tout juste l'ambition de "saisir à point le jus bien cuit de l'espèce humaine", comme l'écrit Kerouac dans la préface du livre paru en 1958 chez Delpire. On y retrouve en tout cas cet univers frénétique où la modernité passe au milk shake les identités.

Cette vision kaléidoscopique s'exprime dans la revue Provoke, créée en 1968, à laquelle le photographe Daido Moriyama viendra se joindre au deuxième numéro. Ce nouveau style se résume en trois adjectifs : "are, bure, boke", une image brute, floue, sans mise au point. Le titre s'arrête au troisième numéro, mais le ton est donné, puisque les mots ont perdu leur sens, seul le photographe peut rendre compte du réel.
Yutaka Takanashi publie en 1974 son premier ouvrage, Toshi-e (vers la ville), relié en toile de lin, sur un papier épais qui a beaucoup de main. "Les photographies au grain très marqué forment un somptueux album", note Ferdinand Brüggemann dans la préface du catalogue de l'exposition (Toluca Editions. 192 pages, 38€).
Dans la seconde partie de son œuvre, Takanashi change de méthode à partir de 1975. Le Leica est abandonné au profit d'une chambre juchée sur un trépied, d'où vont surgir des photos couleur à l'issue de longues séances de pose. Plus de 20 minutes, souvent. Finies les petites Mazda où s'abritent de jeunes couples, comme dans des canots de sauvetage face aux ravages de l'occidentalisation. Retour au traditionalisme nippon.

Les personnages ont disparu, il ne reste plus que les bars de Shinjuku, le quartier où Takanashi est né. Des bars parfois grands comme des placards, où les salary men viennent le soir oublier le stress de la journée. Thé vert, whisky, bière ou saké, le photographe japonais avoue avoir tout essayé. Avec une préférence pour le "Jutei", son adresse fétiche, tenue par un admirateur de Chris Marker, le réalisateur du court-métrage La Jetée. 
Les couleurs sont estompées, et ne tombent pas dans les tons kitsch et "kawaï" du japonisme actuel. Derrière les lampes ou les rideaux, des cloisons coulissantes laissent deviner des échoppes d'artisans, de coiffeur ou de cordonnier. Boutiques aux lumières tamisées, antichambres des menus plaisirs de l'alcool et du sexe, où cohabitent les rice cookers électriques et les portraits d'ancêtres. Dans Machi (la ville), "mon deuxième livre, j'ai tenté de me débarrasser du poétique", explique Takanashi, venu inaugurer son expo. J'ai un peu honte de citer le photographe français Eugène Atget en référence à ce travail, mais je suis sûr qu'il aurait utilisé des films couleurs à son époque".

Le Musée Carnavalet expose d'ailleurs en ce moment Atget (1857-1927), les rues de Paris, les petits métiers, et des intérieurs encombrés. Yutaka Takanashi a-t-il eu le temps d'aller voir l'expo Atget lors de son passage à Paris ? Il voulait surtout aller au palais de Tokyo, paraît-il ! Rive gauche, rive droite, vous n'avez, vous, qu'à sauter de l'une à l'autre pour passer de Takanashi à Atget. En vélo, ou à pied, pour pouvoir lever le nez. A moins de vous plonger dans les pages du catalogue Eugène Atget, paru chez Gallimard, sous la direction de Françoise Reynaud (346 pages, 45€). Et le soir vous aurez ce sentiment diffus et délicieux de vous endormir plus intelligent.
Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris, du mar. au dim. 13h-18h 30, jusqu'au 29 juillet www.henricartierbresson.org
Musée Carnavalet 
23, rue de Sévigné - 75003 Paris, tous les jours, de 10 h à 18 h
sauf le lundi, jusqu'au 29 juillet www.carnavalet.paris.fr
Une expo, un resto. A deux pas de la fondation Cartier-Bresson, La Cagouille vous tend les bras. Aussitôt, ce formidable restaurant de poissons vous jette dans l'atmosphère chaleureuse et affairée que l'on trouve à Tokyo. On peut même s'installer en terrasse, derrière un rideau de bambou. Et sans attendre que la commande arrive, débarque une assiette de coques au beurre, qui ferait rêver tous les pêcheurs à pied. Les crevettes grises sautées minute, aiguisent les papilles avec un filet de citron. Les langoustines sont de belle taille, fermes comme il faut. 
Sole, mulet, daurade, rouget, ici tous les poissons sont sauvages, sauf le saumon qui est d'élevage, mais bio. Le saint-pierre, décapité avant d'être grillé, se mange avec la peau pour ne pas se priver de la pointe d'amertume qui sublime sa chair blanche. La cassolette de petits légumes croquants qui l'accompagne est parfaite. Et pour finir en beauté la tarte fine aux pommes est à tomber, à moins de préférer la salade d'ananas frais au gingembre. C'est une adresse de copains, et comme on commence à se connaître un peu, je vous la confie volontiers.

//www.huffingtonpost.fr/thierry-dussard/tokyo-paris-takanashi_b_1545992.html







Yutaka Takanashi

Yutaka Takanashi (高梨 豊, Takanashi Yutaka?) est un photographe japonais qui se consacré à la mode, au design urbain et à la vie citadine. Il est surtout connu pour ses représentations de Tokyo.
Biographie

Takanashi naît le 6 février 1935 à Shirogane-chō, Ushigome-ku (à présent Shinjuku), Tokyo1. En 1943 il est évacué à Chichibu (Préfecture de Saitama). En 1953, il est diplômé de la « Tokyo Metropolitan Aoyama High School » et intègre le département de photographie de l'université Nihon1. Il reçoit un Canon IVSb (son premier appareil).
En 1956, les photographies de Takanashi sont primés au sein du magazine Sankei Camera. Diplômé de l'université en 1957, il essaye de se faire embaucher par différentes sociétés d'information mais échoue et s'installe pour travailler dans la chambre noire du photographe Osamu Yagi (八木治 ({{{2}}}?)) à Ginza1. Son travail pour le diplôme universitaire est publié dans le numéro de septembre de Sankei Camera. Après sa rencontre avec Kiyoji Ōtsuji, il entre à l'« école de design Kuwasawa » en 1959, et en sort diplômé en 19611.
En mai 1960 est organisée sa première exposition personnelle, Somethin' Else, à Ginza Garō. Pour la série du même nom, qui se continue dans sa deuxième exposition, Takanashi fait le tour de Tokyo avec une caméra montée sur trépied et prend des images frontale sur des plan film de 4x5 pouces parallèles au bâtiment ou autre scène photographiés2.
En 1961, il rejoint le « Nippon Design Center » dans lequel il fait des photographies commerciales. Il épouse Reiko Mizoguchi cette année-là.
En 1970, Takanashi démissionne du « Japan Design Center ».
Takanashi occupe un poste permanent à l'université Zokei de Tokyo de 1980 jusqu'en 2000 (professeur à temps plein à partir de 1983), après quoi il se retire, mais continue à enseigner à temps partiel1.
À partir de 1992, Takanashi, Genpei Akasegawa et Yūtokutaishi Akiyama travaillent ensemble dans le groupe Raika Dōmei.
Takanashi remporte à deux reprises le prix de la Société de photographie de la Société photographique du Japon en 1984et 1993.

//fr.wikipedia.org/wiki/Yutaka_Takanashi






Yutaka Takanashi

Agathe Malye juin 24th, 2012
Tokyo instantané.

Lunettes rondes et regard perçant, Yutaka Takanashi promenait sa silhouette fluette au BAL l'année dernière, lors de l'exposition consacrée à la photographie japonaise. Le jeune homme de soixante-dix sept ans est de retour à Paris. Il a investi la Fondation Henri-Cartier- Bresson pour l'occasion. Son nom ne vous parle peut-être pas ou peu mais Yutaka Takanashi fut l'un des fondateurs, dans les années 70, de la revue Provoke qui allait révolutionner l'esthétique photographique au Japon et par delà ses frontières. « Capturer des fragments de réalité que le langage en tant que tel n'est pas capable d'exprimer ». Photographier l'atmosphère plutôt que d'apporter des explications. Toshi-e, premier livre photo de l'artiste est considéré comme la référence du genre et illustre à lui seul l'apogée des années Provoke. Un Tokyo sombre, symbole de la collision entre modernité et tradition après le traumatisme de la seconde guerre mondiale. Pour Yutaka Takanashi, la métropole et ses habitants constituent le thème central de son travail.
Des clichés de Tokyo-jin, sa première série importante  sur Tokyo, sont présentés à l'exposition. Qu'ils soient dans la rue, dans le métro ou en train de faire leurs courses, les gens que photographie Yutaka Takanashi ont un point en commun: être en âge de travailler. Il est frappant de constater que les enfants et les personnes âgés sont les absents de ces fragments de réel, témoins du profond bouleversement que connaît le Japon d'alors. Entre les parois de béton et de verre des nouveaux gratte-ciel de la ville, les êtres passent, isolés et semblent coupés de tout contact avec le monde extérieur. À l'image de ces grandes étendues de mer, de terre ou de sable hostiles que le photographe capture au volant de sa voiture, qui  donnent l'impression d'appartenir à un espace temps indéfini. A la suite de Toshi-e, Yutaka Takanashi continue d'explorer son thème de prédilection, Tokyo. Mais cette fois-ci, il se tourne vers le Japon traditionnel, celui des « shitamachi », les plus anciens quartiers tokyoïtes que les politiques d'assainissement et de démolition n'ont pas encore défigurés. Reproduire l'existant, les vieux quartiers que la modernité n'a pas encore bannis, le faire avec le plus de précision possible, c'est l'objectif que s'est  fixé le photographe avec sa série Machi. Une précision qui implique un changement de style. Le passage de l'appareil petit format à la chambre photographique s'impose afin d'être au plus proche de son sujet, les « shitamachi » et  d'« enregistrer le réel. » Yutaka Takanashi dépeint un paysage urbain aux images chaudes, à l'opposé des clichés bruts et de la froideur de  Toshi-e. Une différence de forme mais pas de fond. Ce glaneur d'images continue son insatiable exploration du réel « en traçant une ligne infinie et ce sera tout ».

//www.boumbang.com/yutaka-takanashi/






Yutaka Takanashi, vers la ville
LE MONDE | 16.05.2012 Par Claire Guillot

A première vue, l'image montre juste des bouteilles de Coca-Cola empilées dans un camion, miroitant sous le soleil. Mais à la Fondation Cartier-Bresson, Yutaka Takanashi a bouché les perspectives, laissant un noir d'encre envahir la photographie. On croirait plutôt voir une armée de robots au garde-à-vous sous un ciel trop vide, dans une rue trop sombre, en attente d'on ne sait quel combat. Et voilà tout le Japon des années 1960, en pleine crise d'identité, résumé dans ce tableau tissé d'inquiétude.
C'est la première exposition monographique de Yutaka Takanashi en France et l'initiative est bienvenue. Avec leurs cadrages obliques, leurs noir et blanc contrastés, ses images distillent une mélancolie subtile. "Dans les années 1960 et 1970, la société japonaise a été touchée par la culture de masse et l'uniformisation", se souvient le photographe. En 1974, en écho à ces bouleversements, il publie le livre Toshi-e, devenu depuis un classique introuvable, sorte de balade intimiste et douce-amère à travers le pays, et surtout Tokyo. "Je n'étais pas dans la dénonciation, dit-il. La photographie est un moyen de connaître, et de me connaître. Toshi-e, ça veut dire 'vers la ville', mais au Japon, c'est aussi une façon de s'adresser à quelqu'un. Je m'adresse à la ville, avec respect."
ENTRE "CHASSEUR" ET "GLANEUR"
Ses images fuyantes et poétiques sont aussi un témoignage des courtes années Provoke, du nom du magazine qui a révolutionné la photographie japonaise en 1968. Alors que le Japon est secoué par un vent de révolte, avec des manifestations contre la guerre du Vietnam et le pacte de sécurité nippo-américain, le magazine Provoke, que Takanashi a cofondé, rejette les codes de la photographie documentaire et met en avant des images floues, brutes, qui disent une atmosphère.
Pour faire Toshi-e, Yutaka Takanashi roule en voiture à Tokyo, captant des fragments de la ville comme dans un kaléidoscope. On y devine, par petites touches, la culture consumériste occidentale qui gagne du terrain, l'opposition de la population à l'influence américaine, mais Takanashi montre surtout sa propre errance dans des paysages étranges et étrangers, avec des hommes en cravate qui marchent dans des ruelles, des paysages lunaires et des silhouettes d'usine. Takanashi dit qu'il est en permanence tiraillé entre deux attitudes, celle du "chasseur", en quête d'invisible, et celle du "glaneur", qui colle à la réalité brute. Il y a du Robert Frank dans ces photos accidentées à la beauté triste.
Après Toshi-e, Yutaka Takanashi va changer radicalement de style : il passe du noir et blanc à la couleur, du petit format à la grande chambre, du mouvement à la fixité. Il abandonne le Japon occidentalisé pour se tourner vers les vieux quartiers épargnés par la modernité. Les séries Machi et Golden Gai Bars, exposées au deuxième étage de la Fondation, semblent avoir été faites par un tout autre photographe. Il est d'ailleurs bien plus difficile d'être happé par ces images distantes.
A l'image de la ville multiforme et mouvante, Yutaka Takanashi ne se laisse pas enfermer dans une case. Dans le beau catalogue publié aux éditions Toluca, le photographe écrit : "J'ai pris quantité de photos de la ville en train de changer au fil du temps. J'ai changé d'appareil. J'ai changé la focale de mes objectifs. J'ai changé mon rythme de marche pendant que je prenais des photos. Mon but n'est pas d'empiler jusqu'au ciel des chefs-d'œuvre pour former une pyramide, mais de marcher les pieds sur terre pour faire des images anonymes. Je vais continuer à marcher de plus en plus loin en traçant une ligne infinie et ça sera tout."

//www.lemonde.fr/culture/article/2012/05/16/yutaka-takanashi-vers-la-ville_1702213_3246.html






Yutaka Takanashi, l'esprit haïku
12 juin 2012
Par BRIGITTE OLLIER

«J'aimerais bien mourir poète», lance Yutaka Takanashi, 77 ans, qui revendique l'instantanéité du haïku, la photographie comme un coup de foudre. Il y a beaucoup d'énergie chez ce Japonais, ex-figure de Provoke, magazine éphémère, et qui n'a cessé d'enregistrer les mouvements de sa ville natale, Tokyo. Du Boulevard périphérique n°7 , pris en 1965 (photo) aux gargotes embuées, de la gare de Shibuya aux intérieurs tatamisés, Takanashi a su se glisser dans le temps, enregistrant aussi bien l'américanisation de la vie quotidienne que la survie des traditions locales. Signe de son appartenance à l'urbanité, ces flots de couleurs qui se déversent sous forme de néons dans la plus captivante de ses séries, Machi, réalisée en 1975-1977. B.O.photo Y. Takanashi. galerie Priska Pasquer. Cologne

//next.liberation.fr/arts/2012/06/12/yutaka-takanashi-l-esprit-haiku_825823









Les instantanés nippons de Yutaka Takanashi
Par Annick Colonna-Césari (L'Express), publié le 24/05/2012

Figure emblématique de la photographie japonaise, Yutaka Takanashi plonge les visiteurs de la Fondation Henri-Cartier-Bresson dans lLa ville est le sujet de prédilection de Yutaka Takanashi. Cette exposition, première monographie en France, dévoile un photographe tiraillé entre deux conceptions de son art. Première étape: les années 1965-1970. Takanashi, né en 1935, multiplie les clichés de Tokyo, qu'il prend souvent en roulant, pour "capter l'invisible", dit-il. D'où cette série d'images en noir et blanc, froides, un peu floues, témoignant d'un monde en marche vers la modernité, mais hostile à l'être humain. Deuxième étape: les années 1980. Lassé de cette quête de l'invisible, Takanashi prend le contre-pied. Il se débarrasse du "poétique", passe à la couleur, arrête de bouger, utilise la chambre, pour mieux, cette fois, enregistrer le réel. Et décide d'immortaliser les quartiers urbains traditionnels, préservés de la démolition et donc de la modernité. Mais ces rues et ces boutiques, dépourvues de présence humaine, offrent une vision tout aussi angoissante de la ville. Comme les instants ultimes précédant une catastrophe.  







La Fondation Henri Cartier Bresson nous imerge du 10 mai au 29 juillet 2012, dans un Japon comme vous n'avez pas l'habitude de le voir, grâce à l'exposition du photographe japonais Yutaka Takanashi.

Photographe peu connu en France, Yutaka Takanashi est né à Tokyo en 1935. Diplômé de Metropolitan Aoyama School de Tokyo, puis de de l'université de Nihon et pour finir de l'école de design de Kuwasawa, c'est en 1961 qu'il commence sa carrière, en travaillant sur ses propres projets photographiques au Nippon Design Center. Après des premières expositions et publications sur son travail sur les "gens de tokyo", il rejoint en 1968 le collectif artistique Provoke qui publiera 3 numéros d'un magazine au regard différent et loin de la photographie dite traditionnelle.

C'est en 1970 que commence sa carrière d'indépendant, il continue son travail sur la ville et ses habitants, la série Toshi-e. Puis il délaisse le noir et blanc ainsi que le Leica M pour travailler à la chambre grand format et avec du négatif couleur. Son travail Machi, commence en 1975, il sera publié et exposé en 1977 et 1978.

les années 1980 le consacre dans le milieu universitaire ou il devient enseignant tout en continuant à travailler sur sa ville natale et ses contemporains. Il s'en suit de nombreuses expositions dans son pays mais aussi à l'étranger. Une première en France sera au Bal, lors de l'exposition collective Tokyo-E, l'année dernière.

La consécration est cette exposition dans le cadre si prisé de la Fondation Henri Cartie Bresson. L'exposition reprend des séries phares du photographe, au 1er étage celles en noir et blanc, composée de 50 tirages réalisés entre 1965 et début 1970, Toshi-e signifiant vers la ville.

Période du collectif Provoke, les photos ne sont pas techniquement parfaites, cadrées à la volée, floues, grises, contrastées etc. Il faut dépasser l'artifice technique pour se focaliser sur le message du photographe et du collectif dans cette période compliquée des années 1968 à 1970. Cette période se veut de l'energie brut et surtout des photos d'atmosphère, de moments figés sans artifices, sans envie de magnifier la réalité. Entre photographie urbaine et photographie de rue, un regard qui contraste avec les repères photographiques traditionnels.

Au second étage, on change de style, le travail semble en opposition complète avec la période précédente. Les photos sont prises à la chambre, donc sur pied avec du négatif couleur. L'improvisation n'est plus de mise, la mise en scène est travaillée, preuve en est les petits cahiers crayonnés à la main, qui servent d'ébauche, de travail préparatif, de pense bête pour le photographe.

35 photographies, nous ouvrent les portes d'un Tokyo traditionnel, simple, sans ostentation. Un plongeon dans un monde chaleureux, remplit d'objets, de vie, de moment figé sans âme qui vivent, mais dont on sent la présence toute proche. Tout est net, précis, on sent un grand sens du détail pour immortalisé ce Japon qui disparait petite à petit face à l'arrivée de la modernité, et à la main mise d'autres cultures qui viennent s'y mélanger. Machi, réalisée entre 1975 et 1977 se consacre à des intérieurs de boutiques et de magasins. Golden-Gai Bars, se focalise sur des intérieurs de bars populaires, dans le quartier Shinjuku en 1982.

C'est donc une exposition sur le travail d'un photographe qui explore sa ville, ses contemporains, tout en se cherchant sur son moyen d'expression. Le contraste est relativement fort entre ses deux périodes, ou finalement tout s'oppose sur la forme, mais pas sur le fond, car on sent une profonde envie de laisser une trace d'une culture traditionnelle et populaire avant que celle-ci ne disparaisse dans le mélange des cultures et de la modernité.

//www.blogarts.net/post/La-Fondation-Henri-Cartier-Bresson-accueille-Yutaka-Takanashi







Yutaka Takanashi
à la Fondation HCB jusqu'au 29 juillet 2012


Jusqu'au 29 juillet, la Fondation Henri Cartier-Bresson nous présente pour la première fois en France, 3 des séries majeures du photographe japonais Yutaka Takanashi, figure emblématique du renouveau photographique japonais, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Depuis 2011, la France, semble redécouvrir cette génération de photographes, et ceci grâce au Bal et sa saison japonaise où la série Machi avait déjà été présentée.

Né en 1935, dans un quartier populaire de Tokyo, l'actuel quartier de Skinjuku, Yutaka Takanashi se passionne très jeune pour la photographie, se spécialisant dans la mode, le design urbain. Il sera l'assistant du photographe publicitaire Osamu Yagi, puis collaborera avec le Nippon Center design, l'une des plus importantes agences de publicité de Tokyo pour devenir enseignant à l'université Zokei.

En 1968, alors que des mouvements contestataires contre la guerre du Vietnam, se lèvent aux quatre coins du monde, Takanashi cofonde le mouvement Provoke ainsi que la revue éponyme, journal philosophique et politique mais également jalon majeur de l'histoire de la photographie japonaise. Fondé en collaboration avec Takuma Nakahira, Koji Taki et Takahido Okada, ce mouvement définit la photographie comme le seul médium capable de saisir la réalité, véhiculant avant tout une énergie brute d'une force expressionniste. Ce court phénomène, car dissout en 1970, accueillera Daido Moryama, dès le second numéro.

Le parcours de l'exposition est divisé en deux parties, sur deux étages, espace de la Fondation HCB oblige, mais qui correspond bien aux deux visions chromatiques de Takanashi.
Au premier étage est présenté la série Toshie-e (vers la ville) en 50 clichés noir & blanc, réalisés entre 1965 et 1970. Pour cette série, Takanashi traque l'invisible, le tumulte, en prenant des photos de la ville et de la campagne environnante depuis une voiture, le plus souvent. Cette série sera l'objet d'un livre – présenté à l'exposition - à la maquette sophistiquée publié en 1974, en collaboration avec le graphiste japonais Kôhei Sugiura.

Au second étage, les 35 tirages couleur de la série Machi (1977) soulignent que Takanashi aborde la ville sous un autre angle. Muni d'une chambre photographique, lui permettant des tirages de très grands formats aux couleurs chaudes et intenses, il photographie l'immobilité encore présente dans les plus anciens quartiers de Tokyo où le Japon traditionnel garde sa pleine identité. Comme en suspens, car l'on voit déjà dans ces « natures mortes » l'empreinte de la modernité. Au milieu d'objets ancestraux s'immiscent des bouteilles de Coca Cola, un photomaton, des Kleenex.

Le sens du détail, le témoignage d'une disparition programmée est aussi très présent dans la série des bars Golden-Gai Bars à Shinjuku au moment de leur fermeture en 1982.

Pour lui, la ville est depuis toujours le centre de sa réflexion photographique. A travers ses fragments du réel, il joue sans cesse de ces paradoxes, de ce regard à deux niveaux : réalisme/ poésie, miroir/ fenêtre, visible/ invisible, documentant sans cesse les mutations du Japon. Les changements radicaux de la vie contemporaine japonaise sont le thème souterrain mais récurrent de son travail, pour signifier la ville, en la photographiant de près, de loin, de très loin.

La ville comme lieu de flux, de passage, en perpétuel mouvement Toshie-e, mais également lieu de mémoire, lieu de vie traditionnelle Machi. Usant de diverses approches, Tokyo s'est vue être le modèle préféré, figée par l'objectif photographique de Takanashi. Il n'aura de cesse de voyager dans les méandres de cette ville, et d'observer par une vision instinctive du réel, la réalité de la ville sous le joug de la modernité industrielle.

Chaque série a fait l'objet d'une publication de livres de photographie, comme seul le Japon a le secret. Contraints par des circuits de diffusion différents de ceux de l'Occident, à savoir l'édition et la presse, les photographes japonais privilégient les images en série, confectionnent des livres-objet aux maquettes des plus élaborées et remarquables dont quelques magnifiques exemples sont exposés en regard des tirages de Takanashi.

La majorité des tirages noir et blanc de cette exposition proviennent de la galerie Priska Pasquer, Cologne, grande fervente de la photographie japonaise.

Catalogue de l'exposition :
Yutaka Takanashi, coédition Fondation HCB et Toluca Editions, 2012

//www.focus-numerique.com/test-1436/exposition-Yutaka-Takanashi-fondation-HCB-1.html






Yutaka Takanashi, Toshi-e
 octobre 24th, 2012

Le photographe Yutaka Takanashi, né en 1935, est une figure importante des années 60 au Japon, aussi bien par sa participation au groupe artistique formé autour du magasine de photographie Provoke (tiré à peu d'exemplaires, en quatre numéros, aujourd'hui rarissimes à trouver) que par la double facette de son œuvre. Une première période en noir et blanc, celle que nous présentons, et une deuxième plus tardive en couleur, plan fixe et concentrée sur les intérieurs traditionnels japonais.
Durant les années 60, Yutaka Takanashi fut l'un des membres fondateurs du magasine de photographie Provoke, dont le but était de trouver une nouvelle grammaire visuelle qui s'accorderait avec la réalité changeante de la société japonaise de l'ère d'après-guerre et post-Traité de sécurité USA-Japon. Le groupe s'opposait à la manière documentaire et narrative dont l'establishment présentait le nouveau Japon urbanisé et industrialisé. Le somptueux live de photographie Toshi-e fut publié dans ce contexte dans une édition très limitée.
Le propos du groupe Provoke
Le photographe, selon Yutaka Takanashi, peut proposer des images qui doivent être considérées comme faisant pendant au langage et à l'idéologie. De ce fait, Yutaka Takanashi favorisa à cette époque les photos prises à la volée, avec un appareil photo mobile 35mm, parfois d'une voiture et si possible « are, bure, boke » (avec du grain, floue et peu nette). Flouter l'image pour flouter l'idéologie et laisser l'atmosphère parler.
La figure humaine chez Yutaka Takanashi
Les figures humaines chez Yutaka Takanashi ne sont souvent visibles que de profil, noyées dans l'ombre ou à moitié coupées, ce qui renforce l'impression d'aliénation. Dans la photo Buffet Toyota (1965) par exemple, le visage du jeune homme est caché dans l'ombre. La composition de la photo l'inclut comme part d'un cadre composé par la fenêtre et le poster d'une jeune femme occidentalisée et glamour. L'homme ne nous regarde pas, il semble détaché de son environnement changeant.
Un seul personnage de toute la série semble nous regarder droit dans les yeux, mais il n'est pas présent physiquement dans la photographie. Il s'agit de la jeune fille qui se reflète dans l'embrasure de la porte où est adossé le jeune homme. Yutaka Takanashi, le « chasseur d'image » comme il avait l'habitude de s'appeler au moment où il travaillait sur la série Toshi-e, parvient dans cette photographie à capturer l'invisible, la contemplation, dans une société de consommation nouvellement industrialisée.
Le reflet de la société japonaise
Dans Tsunohasu-1 (1965), le motif du cadre est également présent. La vitre de la voiture reflète une enseigne de magasin et ce faisant, elle semble se transformer en une vitrine exposant les enfants. Yutaka Takanashi esquisse le portrait d'une jeunesse japonaise insouciante et vivant à cent à l'heure, au même moment où paraissent des films japonais d'inspiration nouvelle vague comme Contes cruels de la jeunesse (Sheisun Zankoku Monogatari) de Nagisa Oshima, dont les protagonistes, en rébellion contre les figures autoritaires traditionnelles, sont filmés la plupart du temps à moto..
Actualités
Yutaka Takanashi a récemment été exposé en solo à la fondation Cartier-Bresson à Paris et a été exposé dans des expositions de groupe comme Creating with Light – The Manipulated Photograph au Metropolitan Museum of Photography à Tokyo et Breaking news. Fukushima and the consequences au Kunst-Werke de Berlin. Il fait partie de la collection du National Museum of Modern Art de Tokyo et du Photography and Art Institute de Chicago.
 Cet Article a été écrit par Oriane Petteni

//www.endevia.org/fr/yutaka-takanashi-toshi-e/







On a pu découvrir il y a peu au Bal, lors de l'exposition sur Tokyo, ce photographe japonais membre fondateur en 1968 du fameux mouvement Provoke.


 La Fondation Cartier-Bresson lui consacre aujourd'hui un focus autour de deux œuvres emblématiques de son travail sur les mutations urbaines. Son premier livre, « Toshi-e » (Vers la ville), retrace, en noir et blanc, sa quête des changements imperceptibles. Le second, Machi (La Ville), invite le regard à de longues pauses, en couleurs. Yutaka Takanashi s'est toujours insurgé contre « l'aspect tautologique de la photographie ». Des générations d'auteurs l'ont rejoint depuis dans cette vision subjective de la photographie.

//sortir.telerama.fr/evenements/expos/yutaka-takanashi,82452.php












Le grand écart du photographe japonais Yutaka Takanashi

La Fondation Henri-Cartier-Bresson expose, pour la première fois en France, les séries majeures de cet artiste peu prolixe, qui s'est imposé comme une figure essentielle de la photographie japonaise d'après-guerre.
Le Japonais Yutaka Takanashi, soixante-seize ans, exposé pour la première fois à Paris grâce à la galerie Priska Pasquer de Cologne, a produit quatre séries photographiques dans les années 1960-1970. Depuis, rien. En 1968, il est l'un des signataires du manifeste lancé par le collectif de photographes et écrivains Provoke. Leur mythique revue expérimentale éponyme entend assigner à la photographie un rôle de « matériau provocateur pour la pensée ». La revue culte produit, en un an, trois numéros. Après, rien. D'ailleurs, seule la photo brute, sauvage, à l'instinct, de Daido Moriyama s'inspire toujours de ce dogme en produisant à l'énergie, de tout son corps, des images pleines de grains et de contrastes. Yukata Takanashi, lui, a très vite tourné la page de cette aventure, donnant l'impression qu'il rentrait dans le rang. D'où l'intérêt de l'exposition de la Fondation Henri-Cartier-Bresson. Va-t-on mieux comprendre ce revirement ? Comment expliquer pareil engouement pour un auteur photographiquement si peu prolixe ?
« Toshie-e » est un choc. C'est une photographie coup de poing qui se construit contre celles des prédécesseurs Eiko Hosoe et Shomei Tomatsu. Elle transmet une vision hallucinatoire de Tokyo, prise entre brume et buée. Dans ce monde décoloré, mais riche en gris, on se croirait soit à la City, entre parois de verre et de béton, soit sur une planète faite de no man's land, de friches, de centrales, d'échangeurs. Comme une préfiguration de Fukushima.
Leica à la main, le photographe, désinhibé au possible, lâche prise. On sent que son inconscient prend le dessus. À pied ou en voiture, il capte l'espace urbain à la sauvette, sans faire le point. Il en résulte du flou, de la surexposition, une atmosphère angoissante, hostile. L'humain est repoussé aux marges lorsqu'il n'est pas éjecté du cadre. Cette photographie émotionnelle, romantique, est parfois empreinte d'une sorte de réalisme magique (le visage d'une fillette se reflétant dans le costume d'un employé appuyé contre une vitre).
À l'autre étage, changement radical de technique et de genre. Passé à la chambre grand format, le photographe dresse un inventaire à la Atget des bars qui vont fermer ainsi que des intérieurs de magasins qui retiennent quelque chose de la tradition qui fout le camp. Les cahiers préparatoires aux minutieuses mises en scène, les tons chauds des cibachromes, les détails des objets magnifiés, rien ne manque. Mais le choc de la première série agit toujours, perturbant ce qu'il doit y avoir à comprendre dans cet incroyable grand écart…

//www.humanite.fr/culture/le-grand-ecart-du-photographe-japonais-yutaka-takanashi-497936






L'avis de Time Out
Mer mai 9 2012

« A ce moment singulier – maintenant – où le langage perd ses repères matériels et dérive dans l'espace, nous les photographes devons continuer à saisir avec nos yeux ces fragments de réalité qu'il est impossible de capter avec le langage existant. » Ce « moment singulier », ce « maintenant » opaque et fuyant, c'est le Japon de 1968 tel que le perçoivent les fondateurs de Provoke, mouvement de photographie initié par Koji Taki, Daido Moriyama et autre Takuma Nakahira. Mouvement critique d'un Japon devenu inénarrable, déraciné par les bouleversements de l'après-guerre et défiguré par l'émergence galopante de la société de consommation.

La solution : libérer la photographie du carcan de la narration et saisir « des matériaux provocateurs pour la pensée » plutôt que des images descriptives. Jeune membre du groupe, Yutaka Takanashi va ainsi s'acharner, au début de sa carrière, à redéfinir les codes de son art en matérialisant l'atmosphère qui règne alors. Sa superbe série 'Toshi-E' (« vers la ville »), dont la Fondation Henri Cartier-Bresson expose une quarantaine de tirages, saisit dans ses moindres recoins une ville imbibée jusqu'à la mœlle d'un sentiment d'aliénation. Une Tokyo hostile, inhumaine, vertigineuse, découpée dans un noir et blanc sombre, où l'homme n'est plus qu'une silhouette obscure noyée dans l'immensité de paysages industriels, effacée derrière le pare-brise de cortèges de Mazda. Tantôt avalée par l'ombre des ponts, tantôt par les remous de l'océan Pacifique.

Entre poésie et réalisme documentaire, Yutaka Takanashi écume les gares, les chantiers, les usines, les toilettes publiques, les terrains vagues… Ses prises de vue obliques, ultra précises mais volontairement mal cadrées, dénoncent de manière crue la « zombification » des zones urbaines et les symboles de la culture occidentale, qui font ici quelques apparitions furtives sous forme de bouteilles de Coca-Cola et de panneaux publicitaires.

Etourdissante, anxiogène, cette Tokyo-là se situe à mille lieues de la ville saturée de couleurs que Takanashi saisit par la suite, au milieu des années 1970, avec ses séries 'Golden Gai Bars' et 'Machi'. Dans l'intimité des bars, des magasins, des bureaux de tabac, des cuisines, le photographe nippon signe son divorce avec la poésie. Observateur au regard froid et resserré, il débroussaille désormais les amoncellements d'objets (affiches, lampes, bouteilles, cartons, vêtements…) qui peuplent une ville à l'abandon. Aucune présence humaine dans ces intérieurs urbains engorgés de produits superflus : l'homme n'existe plus que par la métonymie, par une paire de chaussures oubliée sur un tapis ou un mégot de cigarette, recroquevillé dans un cendrier. Si le fond reste profondément critique, la forme a totalement changé. Le regard de Takanashi est méconnaissable, la métamorphose patente. Mais on regrette déjà le Yutaka des débuts, puissant, corrosif et viscéralement récalcitrant.
Auteur : Tania Brimson














04/04/2013
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