Alain YVER

Alain YVER

LES ÉCRIVAINS LES POÈTES

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23/02/2009 - Et mourir de plaisir !
Ce qu'il y a de merveilleux quand on écrit sur le travail de l'écrivain (cf mon dernier texte de blablablog), c'est qu'on peut détailler de mille façons ce labeur d'artisan. Un ami écrivain m'a envoyé des citations d'autres écrivains, parlant de leur manière de travailler et je ne résiste pas à l'envie de les partager avec vous…

Jules Renard :
"Le talent est une question de quantité. Le talent, ce n'est pas d'écrire une page : c'est d'en écrire trois cents. Il n'est pas de roman qu'une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu'elle soit qu'un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l'action de régler son papier, de patiemment l'emplir. Les forts n'hésitent pas. Ils s'attablent, ils suent. Ils iront au but. Ils épuisent l'encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n'y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d'une manière infatigable."
Il disait aussi la célèbre phrase : "écrire, c'est 95% de transpiration, 5% d'inspiration".

Léon Tolstoï :
"Il ne faut écrire que lorsqu'on sent en soi quelque chose d'absolument nouveau, d'important, et que le besoin d'exprimer cette chose ne vous laisse pas en repos."

Colette :
"Écrire, c'est souvent gaspiller. À compter les pages que j'ai déchirées, de combien de volumes suis-je l'auteur ?"
Ou encore : "Écrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes."

Paul Léautaud :
"Il faut écrire ce que l'on a vu, ce que l'on a entendu, ce que l'on a ressenti, ce que l'on a vécu."
Ou "la littérature doit être physique, un point c'est tout."
Ou encore : "pour bien écrire, sans pédantisme ni mauvais art, le sûr instinct de la langue vaut mieux que la connaissance la plus savante."
"Tout livre qu'un autre que son auteur aurait pu écrire est bon à mettre au panier"…

Quand j'ai porté mon premier manuscrit aux éditions du Seuil, il y a longtemps, j'ai été reçue par le fondateur du Seuil, Paul Flamand, un monsieur exquis, raffiné, cultivé. Nous allions déjeuner ensemble et nous parlions…de littérature, d'écriture. Il aimait à dire que pour se former une langue sûre et belle, il fallait recopier chaque matin une fable de La Fontaine.
Et de me réciter la fable "Le loup et l'agneau"…

"Un agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait."

Trois lignes et la situation, le décor, la menace, le suspense (cher à Hitchcock !) est posé. Il ne nous crie pas "attention, attention, l'agneau va être mangé parce qu'il est faible, innocent, sans défense", mais il nous entraîne avec des mots simples, concrets vers l'idée qu'il veut illustrer : "la raison du plus fort est toujours la meilleure".

C'est ce qu'on nous enseignait à Columbia University quand je suivais les cours de "creative writing". Morte de trouille devant cette montagne à escalader : l'écriture.
"Ne dîtes pas, montrez".
Ne dîtes pas "elle pleure", on s'en fiche, montrez comment elle pleure. Dans un Kleenex, à la va vite ? En s'essuyant le nez d'un revers de main ? Debout et droite ? En silence ? En tapant des poings ? En bafouillant des excuses ? En disant "c'est pas juste !" ? Ou en bougonnant "c'est pas grave, je vais m'en sortir !"
Cela change tout. Cela définit un caractère.

On nous conseillait de lire et de relire le début de la nouvelle de Salinger "Un jour rêvé pour le poisson-banane".

"Il y avait à l'hôtel quatre-vingt-dix-sept publicitaires de New York. Comme ils monopolisaient les lignes interurbaines, la jeune femme du 507 dut patienter de midi à deux heures et demie pour avoir sa communication. Elle ne resta pas pour autant à ne rien faire. Elle lut un article d'une revue féminine intitulée "le sexe, c'est le paradis ou l'enfer". Elle leva son peigne et sa brosse. Elle enleva une tache sur la jupe de son tailleur beige. Elle déplaça le bouton de sa blouse de chez Saks. Elle fit disparaître deux poils qui venaient de repousser sur son grain de beauté. Lorsqu'enfin le standard l'appela, elle était assise sur le rebord de la fenêtre et finissait de vernir les ongles de sa main gauche."

Un paragraphe où l'on comprend le drame qui va se nouer. Moins fort que la Fontaine qui n'avait besoin que de trois lignes, mais très fort tout de même. On sait qui est cette femme, ce qu'elle a (ou pas !) dans la tête et à quoi elle s'intéresse dans la vie. Aucune notion de psychologie du genre "elle est égoïste et superficielle", non, juste voilà ce qu'elle fait quand elle attend…
Voilà, la femme que va affronter un mari en pleine déconfiture, en pleine dépression…

Si vous lisez attentivement ces deux passages (La Fontaine et Salinger), vous remarquerez qu'il n'y a aucun mot abstrait. Que du détail. Du "divin détail" (Nabokov). Des détails qui campent une atmosphère, décrivent les personnages, sans leur coller une étiquette, annoncent le conflit sans prendre parti.
Montrer par des détails et ne rien dire.

Aller chercher le détail, voilà le plus dur.
Voilà, la galerie minière où l'écrivain s'engouffre et sue à grosses gouttes.
Il faut sans cesse observer, s'effacer devant l'autre, s'oublier complètement, ne pas juger, le mettre sous la loupe de son œil intérieur, noter ses poils, ses tics, ses trucs, ses tocs et récolter…des brindilles.
Ouvrir le nez, les yeux, l'oreille, déglutir pour se rappeler un goût, froncer le nez.
Et puis s'élancer, courir coudes au corps et tenir la distance.

Pour tenir, il faut des munitions : les mots des grands hommes et femmes qui nous ont précédés dans cette noble tache ! Ils sont des viatiques indispensables.
Des dictionnaires. Des encyclopédies. Des recueils de poésie quand le feu sacré tiédit…
"Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours
Faut-il qu'il t'en souvienne : la joie venait toujours après la peine"

Chanter ces mots, chanter des mots pour dessiner des pattes à l'insecte et qu'il s'anime.
Chanter pour donner du corps à l'ensemble…

Parfois il n'y a que la musique qui vient, alors il faut patiemment attendre que le mot juste tombe du fatras de nos mots imparfaits…
On remplace le mot juste qui se fait désirer par un autre qui sonne presque pareil (une sorte de doublure !) et on attend que le mot parfait se présente…

Voilà qui explique les heures de transpiration de Jules Renard ou les pattes d'insecte que Colette dessine à ses mots en guettant le mot qui incarnera à la perfection la situation, le sentiment, une qualité, une odeur, un bruit.

Pourquoi je vous raconte tout cela ?
Parce que je reçois beaucoup de mails de gens qui veulent écrire et qui ne savent pas comment s'y prendre.
Et chaque fois, j'ai envie de dire "lisez Colette, lisez Balzac, lisez Salinger, Nabokov, lisez les divins détails…"

Relisez le début de Lolita :
"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir à trois, cogner contre les dents. Lo.Li.Ta.
Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre 48 en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c'était toujours Lolita".

Du rythme et des détails.
Du rythme et des détails…

Et on meurt de plaisir…


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